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Stop existing, start living || Flynn
ϟ celui qui lit ce titre est un elfe de maison. Ceci était la touche d'humour de Thor.
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Message Posté Ven 24 Jan - 2:25.
Stop existing, start living


informations particulièrement pas importantes
ϟ dénomination courante des participants ▬ Flynn Griffin & Charlie Delaunay.
ϟ  étiologie du statut subjectif ▬  Privé.
ϟ  datation approximative du moment exact ▬ Flashback ; deuxième semaine de Février.
ϟ  cadran lunaire appréciable ▬ 19h.
ϟ  météorologie sorcièrement acceptable ▬  Il fait déjà nuit et il fait très froid, le ciel est chargé de nuage.
ϟ  saison saisissante et palpitante ▬  Saison 3.
ϟ  intrigue globalement intriguante ▬  Prélude.
ϟ chatiment divin exigible ▬  Non, merci :3
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Message Posté Ven 24 Jan - 2:26.
Tout abandonner n’était pas un très bon plan. Il avait des failles. Un peu partout, d’ailleurs. Il y avait l’argent ; il fallait trouver un endroit où se loger avec ses économies et espérer qu’un poste se libère quelque part où ils ne seraient pas très regardant sur votre parcours qui vire soudain vers le chaos le plus complet. Les questions embarrassantes étaient faciles à trouver, faciles à poser, et personne n’avait envie d’y répondre. Il y avait ensuite le courage. Ce n’était pas évident, de tout abandonner. Son confort, ses habitudes, son train-train quotidien. Un saut à pied joint dans l’inconnu, sans regarder en arrière ; une grande inspiration et tout a disparu dans les ténèbres du néant d’une nouvelle vie. C’était d’ailleurs la troisième faille : la nouveauté. Le plus souvent, il faut tout reconstruire. S’habituer. Prendre le pli d’une nouvelle vie. Parfois, cela s’agrémentait d’un mystère autour de son passé et de quelques mensonges bien placés, une vie à réinventer afin de ne pas attiser les curiosités, prétendre que l’on vient de quelque part plutôt que d’espérer qu’une fois encore, les questions embarrassantes ne seront pas invitées dans la conversation à propos d’un nouveau venu dont on ne connaît pas l’origine.

Charlie n’avait pas vraiment de difficultés. Comme beaucoup de réfugiés, elle avait tout abandonné pour une cause qui la dépassait mais en laquelle elle croyait malgré ses défauts, parce qu’elle avait perdu un être cher, très cher, trop cher. Son histoire, elle ne l’avait pas inventée, et elle ne la dissimulait pas, et dans le village, on ne posait plus beaucoup de questions embarrassantes, faute de générer une quelconque gêne ou d’obtenir une réponse croustillante. Non. Tout abandonner n’était pas un très bon plan ; il avait des failles, un peu partout. C’était naturel. Pour elle, cependant, il n’y en avait qu’une. Une seule. Très handicapante.

Elle ne parlait pas le moindre mot de la langue du pays d’accueil, et n’était pas même susceptible d’en comprendre un seul : ils avaient la fantaisie d’avoir un alphabet complètement différent du sien.

L’homme éructa quelques mots dans sa langue de bois, avant de disparaître de l’écran au profit du générique criblé de hiéroglyphes indéchiffrables. Elle n’en reconnut aucun ; déjà peu douée pour le français, elle n’avait pas grand espoir de faire le moindre progrès en russe. Les langues n’étaient pas exactement sa matière forte, et force était de constater que cela risquait de le demeurer ; deux mois s’étaient écoulés depuis qu’elle avait quitté le confort de son Angleterre natale pour un pays où les températures se livraient à un concours de force, où les chats étaient remplacés par des dragons miniatures et où l’accent crevait les mots anglais comme des ballons de baudruche. L’intention était louable, mais bien souvent vaine : elle ne comprenait pas, une fois sur quatre, ce que baragouinait l’autochtone qui tenait l’épicerie du coin ou le libraire affable mais à la compréhension de l’anglais limitée. Pour quelqu’un qui adorait parler, comme Charlie, l’endroit commençait à lui peser. Encore était-elle capable de comprendre une moitié d’un épisode ou d’une émission grâce aux images, autant ne pouvait-elle en parler à personne ; et au cours des enseignements dispensés dans les locaux pour le moins sinistres de l’Institut, l’anglais ne servait que pour aboyer les ordres et prodiguer les conseils, pas pour alimenter une conversation sur les derniers rebondissements du feuilleton de l’après-midi. Si elle pouvait parler ne serait-ce que de cela, Charlie serait contente ; et ce n’était pourtant pas faute de s’endormir quasiment systématiquement lorsque ce genre de programmation était diffusé à la télévision. Elle voulait juste comprendre, et parler. Avoir une conversation. Juste ça.

Lorsque la publicité se lança, elle éteignit de frustration la télévision, incapable d’entendre le moindre mot de russe supplémentaire. Elle se sentait prisonnière de son propre esprit, qui tourbillonnait sans relâche, commentant, supposant, établissant, sous-entendant, réfléchissant ; c’était incessant. Non pas qu’elle ait besoin de toujours tout extérioriser, mais ne rien entendre de compréhensible dans son entourage commençait à la rendre dingue. La tête renversée sur le dossier de son canapé, les bras étendus autour d’elle, elle contemplait le plafond craquelé de son petit appartement. Elle sentait gratter dans son ventre les petites griffes cassées de son monstre personnel, qui suggérait de sa voix féline et gracieuse un petit remontant pour calmer tout ça, retrouver une paix bancale et un peu amère mais une paix, tout de même. Rien qu’un tout petit rien pour calmer la tempête qui s’agitait sous son crâne, droguer un peu ses pensées pour les rendre un peu plus dociles et surtout, moins bruyantes. Et puis, c’était bon. Tellement bon.

Charlie ferma les yeux quelques instants. Il y avait longtemps qu’elle avait dompté ses démons personnels, mais ceux-ci ne s’avouaient jamais vraiment vaincus, quoiqu’un peu plus timides ; la cage n’était plus très grande et les barbelés demeuraient toujours aussi acérés. Elle les entretenait avec soin. L’envie d’une cigarette n’était jamais plus qu’une petite piqûre, même si elle mordait un peu plus violemment depuis quelques jours ; et le plaisir de boire un verre avait depuis longtemps supplanté sa nécessité d’en descendre une ribambelle.

Elle avait quand même besoin d’un remontant. Attrapant son manteau, elle s’engouffra dans ce qui s’apparentait à l’ère glaciaire et fila vers le seul bar du village.

L’odeur âcre du nuage grisâtre stagnant au plafond du bar réveilla son ancienne envie de cigarette, la submergeant comme une lame de fond ; elle n’était pas sevrée depuis assez longtemps pour ne pas être rongée par l’envie dévorante d’en griller une pour sentir les vapeurs de nicotine se diffuser dans son corps et démêler les boules de nerfs qui s’étaient formés dans ses épaules, son dos et ses reins. Les entraînements la tendaient plus qu’elle n’aurait pu l’imaginer tant ils exigeaient d’eux une qualité de magie qu’elle n’était pas sûre de posséder ; elle monopolisait toute l’énergie qu’elle détenait pour créer la magie requise alors même qu’elle avait toujours fait preuve d’un potentiel légèrement inférieur à la moyenne. Des courbatures striaient ses muscles et la nuit tombée, elle n’était guère plus capable que de quelques faibles étincelles. Même ses examens n’avaient pas créé chez elle des envies aussi tenaces de cigarettes, mais elle avait tenu bon. Et elle comptait bien continuer sur cette voie.

Traversant la salle, elle se laissa tomber sur un tabouret face au bar sans aucune grâce, la mine déconfite, et commanda le meilleur whisky qu’ils possédaient ; elle n’avait pas encore levé les yeux vers le serveur. Les bras croisés sur le bar, le menton posé sur ses poignets, elle contemplait son reflet dans le miroir qui lui faisait face, notant que même le bar le plus paumé au fin fond de la steppe sibérienne respectait cette vieille tradition d’accrocher un miroir derrière les étagères où s’alignaient les bouteilles d’alcool et autres sodas, histoire de rappeler aux pochtrons du coin la gueule qu’ils se traînent lorsqu’ils viennent passer un peu trop de temps dans le coin. Ou du moins c’était ce qu’elle supposait. Elle n’en savait rien ; et ne connaîtra jamais l’avis des autres puisqu’elle ne parlait pas un mot de leur foutue langue psychédélique.

Le verre se matérialisa sous son nez avant qu’elle ne se soit demandé où était parti le type avec sa commande – cela lui était tant arrivé à Londres qu’elle en avait acquis le réflexe plus que l’habitude. De curiosité, elle leva le regard vers l’homme qui se tenait face à elle et se redressa d’un bond sur son siège, le dévisageant sans pudeur ; plus que son visage, son demi-sourire et sa carrure, le tout qu’elle jugea particulièrement sexy, ce fut sa dégaine et son apparence qui l’interpellèrent et qui firent éclater l’espoir sur son visage.

    « Vous avez une tête d’anglais. Dîtes-moi que vous êtes anglais. Ou que vous parlez couramment anglais. Par pitié. »

Et accompagnant ses paroles, elle joignit les paumes de ses mains en un simulacre de prière dont le bout de ses doigts effleuraient ses lèvres frémissantes.
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Message Posté Jeu 20 Fév - 23:31.