VULNERA SAMENTO FERME SES PORTES ▲
Merci à tous pour avoir pris part à cette formidable aventure.

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Stop existing, start living || Flynn
ϟ celui qui lit ce titre est un elfe de maison. Ceci était la touche d'humour de Thor.
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Message Posté Ven 24 Jan - 2:25.
Stop existing, start living


informations particulièrement pas importantes
ϟ dénomination courante des participants ▬ Flynn Griffin & Charlie Delaunay.
ϟ  étiologie du statut subjectif ▬  Privé.
ϟ  datation approximative du moment exact ▬ Flashback ; deuxième semaine de Février.
ϟ  cadran lunaire appréciable ▬ 19h.
ϟ  météorologie sorcièrement acceptable ▬  Il fait déjà nuit et il fait très froid, le ciel est chargé de nuage.
ϟ  saison saisissante et palpitante ▬  Saison 3.
ϟ  intrigue globalement intriguante ▬  Prélude.
ϟ chatiment divin exigible ▬  Non, merci :3
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Message Posté Ven 24 Jan - 2:26.
Tout abandonner n’était pas un très bon plan. Il avait des failles. Un peu partout, d’ailleurs. Il y avait l’argent ; il fallait trouver un endroit où se loger avec ses économies et espérer qu’un poste se libère quelque part où ils ne seraient pas très regardant sur votre parcours qui vire soudain vers le chaos le plus complet. Les questions embarrassantes étaient faciles à trouver, faciles à poser, et personne n’avait envie d’y répondre. Il y avait ensuite le courage. Ce n’était pas évident, de tout abandonner. Son confort, ses habitudes, son train-train quotidien. Un saut à pied joint dans l’inconnu, sans regarder en arrière ; une grande inspiration et tout a disparu dans les ténèbres du néant d’une nouvelle vie. C’était d’ailleurs la troisième faille : la nouveauté. Le plus souvent, il faut tout reconstruire. S’habituer. Prendre le pli d’une nouvelle vie. Parfois, cela s’agrémentait d’un mystère autour de son passé et de quelques mensonges bien placés, une vie à réinventer afin de ne pas attiser les curiosités, prétendre que l’on vient de quelque part plutôt que d’espérer qu’une fois encore, les questions embarrassantes ne seront pas invitées dans la conversation à propos d’un nouveau venu dont on ne connaît pas l’origine.

Charlie n’avait pas vraiment de difficultés. Comme beaucoup de réfugiés, elle avait tout abandonné pour une cause qui la dépassait mais en laquelle elle croyait malgré ses défauts, parce qu’elle avait perdu un être cher, très cher, trop cher. Son histoire, elle ne l’avait pas inventée, et elle ne la dissimulait pas, et dans le village, on ne posait plus beaucoup de questions embarrassantes, faute de générer une quelconque gêne ou d’obtenir une réponse croustillante. Non. Tout abandonner n’était pas un très bon plan ; il avait des failles, un peu partout. C’était naturel. Pour elle, cependant, il n’y en avait qu’une. Une seule. Très handicapante.

Elle ne parlait pas le moindre mot de la langue du pays d’accueil, et n’était pas même susceptible d’en comprendre un seul : ils avaient la fantaisie d’avoir un alphabet complètement différent du sien.

L’homme éructa quelques mots dans sa langue de bois, avant de disparaître de l’écran au profit du générique criblé de hiéroglyphes indéchiffrables. Elle n’en reconnut aucun ; déjà peu douée pour le français, elle n’avait pas grand espoir de faire le moindre progrès en russe. Les langues n’étaient pas exactement sa matière forte, et force était de constater que cela risquait de le demeurer ; deux mois s’étaient écoulés depuis qu’elle avait quitté le confort de son Angleterre natale pour un pays où les températures se livraient à un concours de force, où les chats étaient remplacés par des dragons miniatures et où l’accent crevait les mots anglais comme des ballons de baudruche. L’intention était louable, mais bien souvent vaine : elle ne comprenait pas, une fois sur quatre, ce que baragouinait l’autochtone qui tenait l’épicerie du coin ou le libraire affable mais à la compréhension de l’anglais limitée. Pour quelqu’un qui adorait parler, comme Charlie, l’endroit commençait à lui peser. Encore était-elle capable de comprendre une moitié d’un épisode ou d’une émission grâce aux images, autant ne pouvait-elle en parler à personne ; et au cours des enseignements dispensés dans les locaux pour le moins sinistres de l’Institut, l’anglais ne servait que pour aboyer les ordres et prodiguer les conseils, pas pour alimenter une conversation sur les derniers rebondissements du feuilleton de l’après-midi. Si elle pouvait parler ne serait-ce que de cela, Charlie serait contente ; et ce n’était pourtant pas faute de s’endormir quasiment systématiquement lorsque ce genre de programmation était diffusé à la télévision. Elle voulait juste comprendre, et parler. Avoir une conversation. Juste ça.

Lorsque la publicité se lança, elle éteignit de frustration la télévision, incapable d’entendre le moindre mot de russe supplémentaire. Elle se sentait prisonnière de son propre esprit, qui tourbillonnait sans relâche, commentant, supposant, établissant, sous-entendant, réfléchissant ; c’était incessant. Non pas qu’elle ait besoin de toujours tout extérioriser, mais ne rien entendre de compréhensible dans son entourage commençait à la rendre dingue. La tête renversée sur le dossier de son canapé, les bras étendus autour d’elle, elle contemplait le plafond craquelé de son petit appartement. Elle sentait gratter dans son ventre les petites griffes cassées de son monstre personnel, qui suggérait de sa voix féline et gracieuse un petit remontant pour calmer tout ça, retrouver une paix bancale et un peu amère mais une paix, tout de même. Rien qu’un tout petit rien pour calmer la tempête qui s’agitait sous son crâne, droguer un peu ses pensées pour les rendre un peu plus dociles et surtout, moins bruyantes. Et puis, c’était bon. Tellement bon.

Charlie ferma les yeux quelques instants. Il y avait longtemps qu’elle avait dompté ses démons personnels, mais ceux-ci ne s’avouaient jamais vraiment vaincus, quoiqu’un peu plus timides ; la cage n’était plus très grande et les barbelés demeuraient toujours aussi acérés. Elle les entretenait avec soin. L’envie d’une cigarette n’était jamais plus qu’une petite piqûre, même si elle mordait un peu plus violemment depuis quelques jours ; et le plaisir de boire un verre avait depuis longtemps supplanté sa nécessité d’en descendre une ribambelle.

Elle avait quand même besoin d’un remontant. Attrapant son manteau, elle s’engouffra dans ce qui s’apparentait à l’ère glaciaire et fila vers le seul bar du village.

L’odeur âcre du nuage grisâtre stagnant au plafond du bar réveilla son ancienne envie de cigarette, la submergeant comme une lame de fond ; elle n’était pas sevrée depuis assez longtemps pour ne pas être rongée par l’envie dévorante d’en griller une pour sentir les vapeurs de nicotine se diffuser dans son corps et démêler les boules de nerfs qui s’étaient formés dans ses épaules, son dos et ses reins. Les entraînements la tendaient plus qu’elle n’aurait pu l’imaginer tant ils exigeaient d’eux une qualité de magie qu’elle n’était pas sûre de posséder ; elle monopolisait toute l’énergie qu’elle détenait pour créer la magie requise alors même qu’elle avait toujours fait preuve d’un potentiel légèrement inférieur à la moyenne. Des courbatures striaient ses muscles et la nuit tombée, elle n’était guère plus capable que de quelques faibles étincelles. Même ses examens n’avaient pas créé chez elle des envies aussi tenaces de cigarettes, mais elle avait tenu bon. Et elle comptait bien continuer sur cette voie.

Traversant la salle, elle se laissa tomber sur un tabouret face au bar sans aucune grâce, la mine déconfite, et commanda le meilleur whisky qu’ils possédaient ; elle n’avait pas encore levé les yeux vers le serveur. Les bras croisés sur le bar, le menton posé sur ses poignets, elle contemplait son reflet dans le miroir qui lui faisait face, notant que même le bar le plus paumé au fin fond de la steppe sibérienne respectait cette vieille tradition d’accrocher un miroir derrière les étagères où s’alignaient les bouteilles d’alcool et autres sodas, histoire de rappeler aux pochtrons du coin la gueule qu’ils se traînent lorsqu’ils viennent passer un peu trop de temps dans le coin. Ou du moins c’était ce qu’elle supposait. Elle n’en savait rien ; et ne connaîtra jamais l’avis des autres puisqu’elle ne parlait pas un mot de leur foutue langue psychédélique.

Le verre se matérialisa sous son nez avant qu’elle ne se soit demandé où était parti le type avec sa commande – cela lui était tant arrivé à Londres qu’elle en avait acquis le réflexe plus que l’habitude. De curiosité, elle leva le regard vers l’homme qui se tenait face à elle et se redressa d’un bond sur son siège, le dévisageant sans pudeur ; plus que son visage, son demi-sourire et sa carrure, le tout qu’elle jugea particulièrement sexy, ce fut sa dégaine et son apparence qui l’interpellèrent et qui firent éclater l’espoir sur son visage.

    « Vous avez une tête d’anglais. Dîtes-moi que vous êtes anglais. Ou que vous parlez couramment anglais. Par pitié. »

Et accompagnant ses paroles, elle joignit les paumes de ses mains en un simulacre de prière dont le bout de ses doigts effleuraient ses lèvres frémissantes.
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Message Posté Jeu 20 Fév - 23:31.


So much trouble I must leave behind




Il y a des choses qu'on n'explique pas. Il y a des miracles et des coïncidences. Le hasard joue avec les hommes. Certains sont assez aventureux pour se prêter à l'expérience. D'autres passent toute leur vie à fuir. Flynn ne savait pas exactement à quelle catégorie il appartenait. Bien entendu, il aimait l'aventure. Il aimait se dire qu'il faisait partie du bon côté de l'histoire. De ceux dont on se rappellera. Ceux qui réussiront dans l'oubli. Ceux dont le nom résonnera jusqu'à ce qu'on ne sache plus réellement ce qu'il veut dire. L'histoire séparera l'homme de la légende. L'histoire le glorifiera, et lui seul saura à quel point il était une imposture. Tout ce temps, il a menti au monde entier. Il était le seul à connaître la vérité. Le seul à vouloir l'oublier aussi. Plus que tout au monde.  Parce qu'en réalité, Flynn, c'était surtout un fuyard. Un déserteur. Il passait son temps à courir après le temps comme on chasse un démon. Il attendait après des rêves qui ne se réaliseraient jamais, mais il arrivait à se persuader qu'il restait une chance. Après tout, si un homme est innocent jusqu'à preuve du contraire, pourquoi un rêve ne serait pas réalisable jusqu'à ce que la réalité reprenne son royaume. Flynn partait à la conquête de l'impossible. Il était à la fois terriblement rationnel et magnifiquement illogique. Il était observateur. Il remarquait chaque détail, chaque manie, chaque trait qui pourrait trahir ses adversaires. Mais il ne remarquait même pas tout ce qui le trahissait, lui. Ses sourires à demi portés, teintés de sarcasme et d'un passé qu'il n'arrivait pas à oublier. Son regard perçant cachait à peine la noirceur qui l'habitait. Flynn faisait partie de ces gens qui ne reflétaient que l'obscurité. Ceux qu'on enfermait au mouroir parce qu'ils finissaient par s'intoxiquer aux mensonges. Il était aussi aveuglé par son propre orgueil. Il était persuadé qu'il ne pouvait pas perdre. Il ne faisait que gagner. C'était une question de temps. Oui, c'était une question de temps avant que ce vide qui l'habitait ne disparaisse. Juste une simple question de temps. Il ne lui restait qu'à attendre. Et, en attendant, il se remplissait de colère et de vengeance. Un soldat sans arme. Un soldat sans âme. C'était ce qu'il devenait, à chaque pas. A chaque souffle. Il tombait en ruines, mais il le faisait bien. Il s'oxydait, mais il se tenait encore debout, la tête haute, luttant jusqu'à la fin dans la chute la plus longue au monde. Il redoutait l'impact, alors il retardait ses effets. Il s'enfermait dans des prisons de souvenirs et de rêves et s'attaquait aux autres lorsque la réalité devenait trop prégnante. Lorsqu'elle s'agrippait tellement à sa cage thoracique qu'elle l'empêchait de respirer.

Il y a des choses qu'on n'explique pas. Il y a des miracles et des coïncidences. Flynn se demandait parfois ce qu'il foutait dans un bar. Il valait mieux que ça. Il valait mieux que la médiocrité qu'il lisait sur les visages. Il avait hâte que la République gagne, qu'il se tire de ce trou à rat. Il détestait la Russie, pas autant qu'il détestait le froid. Pas étonnant qu'ils soient tous bourrés, se répétait-il, il n'y que l'alcool pour se réchauffer ici. Il lui arrivait parfois d'imaginer qu'elle passait le pas de la porte. Qu'elle se jetait dans ses bras pour le retrouver. Il lui arrivait encore de croire que ça pouvait être possible. Le déni a cette particularité maligne de vous faire oublier qu'elle est la part de rêve dans la réalité. Eventuellement, tout se confond. Tout se perd. Tout se détruit. Et les seules repères qu'on a sont ceux qu'on se crée. Pour autant, il jouait son rôle à la perfection. Il écoutait les gérémiades des vieux. Il écoutait les résistants croire qu'ils allaient gagner. Il écoutait les soldats raconter les batailles. Il savourait, en attendant, tout ce qu'ils ne savaient pas encore. Tout ce qui les mènerait à leur perte. Il se délectait des secrets que les hommes, alcolisés, lui révélaient. Il dégustait ces mots qu'on lui offrait en pensant qu'on pouvait lui faire confiance. La confiance avait toujours été la première erreur de l'être humain. Il était bien placé pour le savoir.

Il y a des choses qu'on n'explique pas. Il y a des miracles et des coïncidences. Peut-être que s'il était rentré un peu plus tôt au lieu de prolonger son service, ça ne se serait jamais passé comme ça. Peut-être que s'il avait ignoré la voix qui lui avait demandé le plus fort de ses whisky, il aurait encore eu une chance vers la rédemption. Il en fallait beaucoup pour l'intriguer. Pourtant, il y avait quelque chose de fascinant chez cette fille qui venait de s'accouder à son bar sans la moindre manière. Dépitée. Comme si elle était seule au monde. Voilà qui était plus intéressant que le énième récit de guerre des soldats. Il prépara le verre, comme il avait l'habitude de le faire. Il le déposa devant elle et, croisant les bras, attendit un semblant de réaction. Elle se redressa d'un bond en le dévisageant. Ca lui arracha un sourire. Un de ces demi-sourires qui lui allait si bien.

« Vous avez une tête d’anglais. Dîtes-moi que vous êtes anglais. Ou que vous parlez couramment anglais. Par pitié. »

Voilà qui était bien moins intéressant. Il était irlandais. Il n'y avait rien de pire pour un irlandais que de se faire traiter d'anglais. Il leva les yeux au ciel lorsqu'elle joignit ses mains, comme pour implorer le ciel. Une coïncidence. Un miracle. Il s'accouda en face d'elle. Il la regarda en souriant, pendant quelques instants avant d'ouvrir la bouche. Il aurait voulu parler russe, juste pour lui faire payer son affront, mais il avait un de ces accents qui massacraient la langue. Le plus souvent, il se contentait de communiquer par gestes. Il n'y a pas grand chose qu'un barman ne peut pas comprendre. Les gens, ici, veulent tous la même chose. Boire et oublier.  

« Il n'y a qu'une phrase qui peut vexer un irlandais et vous venez de la prononcer, my Darling.  »

Que voulait-elle oublier, au juste ? Les soldats, il comprenait. Ils voulaient oublier ce qu'ils avaient vu. La seule raison pour laquelle ils se vantaient de leurs exploits, c'était pour oublier qu'ils étaient devenus des monstres et que le sang ne leur faisait plus peur. Ils s'en délectaient. Les vieux qui gémissaient, il comprenait. Ils voulaient oublier leur propre décadence. Leur propre ruine. Quant aux filles, bien souvent, il s'agissait d'oublier un garçon. Mais elle, c'était différent. Il regarda sa main. Elle était mariée. C'était donc autre chose. Il haussa les épaules.

« Normalement, quand une jolie fille vient à mon bar, le premier verre est pour moi, mais vous, vous paierez le double. »

Il baissa les yeux, comme s'il était gêné. Il ne l'était aucunement. Ca faisait partie du jeu, ce jeu dont lui seul connaissait les règles. Il partait avec un avantage conséquent : il mentait. Il mentait comme il respirait, il mentait à chaque battement de cœur. Pour d'autres, ça aurait été épuisant. Pour lui, c'était sa façon de vivre, en fuyant.

« C'est le tarif anglais, vous comprenez.  »

Il lui fit un clin d'oeil avant de s'éloigner pour essuyer les verres que la magie venait de laver. Il n'y avait rien de glorieux là dedans, mais ça ne serait pas de ça dont l'histoire se souviendrait. On se souviendrait des combats, des héros, des noms. Des miracles et des coïncidences.
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Message Posté Dim 23 Fév - 2:02.


    « Oh merde, un irlandais. »

Ce fut la seule chose qui glissa d’entre ses lèvres, la seule réflexion qu’elle eut pour l’homme qui venait sans doute aucun de l'insulter à son tour. Elle aurait pu s’insurger sur le tarif prohibitif, arbitraire et discriminatoire qu’il lui appliquait juste parce qu’elle lui avait parlé d’anglicisme, ou plus simplement s’offusquer de ce qu’il ne la rangeait pas dans la catégorie des jolies filles, voire même réagir à son clin d’œil presque aguicheur, elle aurait pu simplement lui donner sa monnaie et changer de place, ou tout simplement demeurer silencieuse ; non, elle se contenta de jurer, les yeux grands comme des soucoupes, en contemplant l’homme arranger son temps en singeant sa profession. Lentement, elle baissa le regard et loucha sur son verre dont l’ambre liquide reflétait les lueurs dansantes des lustres et autres candélabres comme autant d’éclats d’or ; c’est du whisky… irlandais ? Il l’observait encore du coin de l’œil, faisant mine de se concentrer sur son harrassante tâche, lorsqu’elle releva le regard de nouveau vers lui. Elle se mordit la lèvre inférieure et secoua la tête ; il serait sans doute malvenu de rajouter un autre mot malheureux qui aurait pu être plus mal interprété.

Elle avait été élevée dans le mépris des irlandais, ces leprechauns fourbes et parvenus revendiquant une paternité usurpée ; les preuves, selon toutes les vraisemblances passées sous le prisme des opinions écossaises, étaient construites et de fausses fondations. Ses parents l’avaient formée à voir les irlandais comme l’ennemi, le mauvais, l’arriviste qui ne méritait aucun égard et, encore moins, la moindre parole, même mauvaise, et, de bonne volonté, Charlie avait appris ses leçons. Alors, elle ne s’était pas insurgée du tarif prohibitif, arbitraire et discriminatoire qu’il lui appliquait, ni qu’il ne l’ait pas rangée dans la catégorie des jolies filles, elle ne s’était pas contentée de donner sa monnaie et changer de place, ou de demeurer silencieuse ; non, elle s’était contentée de constater, très finement, sa malchance d’être tombée sur un irlandais. Spontanément, et avec une simplicité déroutante.

C’était tout de même idiot. Dans la précipitation, elle avait fait une généralité sans prendre en considération les traits et le caractère résolument irlandais du visage de l’homme – ou peut-être avait-elle seulement constaté qu’il avait une sacrée belle gueule et un sourire ravageur qui n’était pas sans effet. Abandonnée à sa contemplation, elle le dévisageait sans pudeur en songeant à ses parents, au clivage gouverné par le whisky entre son clan et le sien, au principe qui voulait qu’elle le méprise ; puis elle se rendit à l’évidence qu’elle n’avait jamais été très assidue aux cours de ses parents portant sur le sujet de la mauvaise alliance. Sa nature généreuse avait toujours rattrapé sa bonne volonté, l’écaillant pour la ronger et ne laisser qu’un bref sursaut de conscience qui lui murmurait qu’elle aurait sans doute des problèmes avec un irlandais, parce qu’on lui avait toujours dit que les leprechauns n’apportaient que des emmerdes. Et à cet instant, même des emmerdes lui convenait, du moment qu’elles étaient exprimées en anglais.


    « Désolée. Enfin non. Si, mais… » Elle s’interrompit et avala une bonne rasade de son verre ; l’alcool, âpre et corsé, lui brûla la gorge et répandit une chaleur si éphémère, pleine de promesses savoureuses. « Désolée, mais si vous parlez anglais, j’en ai rien à cirer, de votre nationalité. » Mieux, vraiment. Elle soupira et plaqua ses mains sur ses yeux en s’insultant à voix basse. « Désolée, ça fait tellement longtemps que je n’ai pas parlé à quelqu’un qui me comprenne sans que j’utilise mes mains », reprit-elle alors finalement en relevant la tête, en singeant un langage très approximatif des signes.

La tête que tirait l’homme lui arracha un sourire, bien que franc, teinté de gêne, qu’elle noya dans son verre. L’estomac noué, elle détourna ses prunelles pour les attacher à la description de l’étiquette d’une bouteille à moitié vide posée derrière le comptoir, mais dans son esprit, il n’y avait que le ridicule de la situation qui tourbillonnait. Elle avait l’habitude ; elle y était plutôt coutumière, trop tributaire de sa spontanéité et de son entièreté de caractère pour contrôler pleinement la première impression qu’elle donnait d’elle. Elle n’avait jamais joué aucun autre rôle que le sien, et ne s’était pas apprêtée, n’avait pas emprunté un trait de caractère comme l’élégance, l’esthétique ou la retenue pour impressionner ; ce n’était pas qu’elle ne le voulait pas, mais qu’elle ne le pouvait pas. C’était intimement lié à elle ; on ne découvrait pas qu’elle était maladroite après le premier contact, on ne s’apercevait pas de son exubérance après cinq mois de relation. Elle se livrait, involontairement ; on l’aimait, ou on ne l’aimait pas. D’aucuns disent qu’elle se donne en spectacle ; elle se contente d’hausser les épaules en souriant poliment.

De fait, si elle en était gênée parce qu’il était naturel de l’être, le ridicule de la situation ne lui était pas fatal. Bien au contraire, elle leva son verre et porta un toast à l’intention de l’homme, croisant de nouveau son regard ; elle prit le temps de goûter l’alcool cette fois-ci, et reconnut le caractère plus affirmé et franc du houblon écossais, moins affiné qu’il ne l’était en Irlande. Elle arqua un sourcil.


    « C’est la première fois que je rencontre un irlandais qui sert un whisky écossais. »

La réflexion lui avait échappé – encore. C’était à croire qu’elle cherchait elle-même les emmerdes. L’espace d’une seconde, elle se figea, puis ses épaules s’affaissèrent et elle se laissa tomber contre le bar, la tête entre les mains en gémissant. Sa spontanéité lui coûtera sans doute, un jour.


    « Promis, j’arrête. Enfin, je vais essayer. »

Avant qu’il n’ait l’idée de lui reprendre son verre à moitié vide et de lui faire payer son nouvel affront en triplant le tarif dont elle ne connaissait même pas le montant, elle en avala une autre rasade et, les mains enroulées autour du verre, redressa dos et épaules, les yeux clos. Elle avait appris cette technique au cours de son adolescence, quand les autres s’étaient rendus compte qu’elle n’avait aucune limite comportementale enregistrée pour la vie en société ; son seul inconvénient était qu’elle était comme elle, exubérante et peu discrète.

Elle aurait pu s’insurger sur le tarif prohibitif, arbitraire et discriminatoire qu’il lui appliquait juste parce qu’elle lui avait parlé d’anglicisme, ou plus simplement s’offusquer de ce qu’il ne la rangeait pas dans la catégorie des jolies filles, voire même réagir à son clin d’œil presque aguicheur, elle aurait pu simplement lui donner sa monnaie et changer de place, ou tout simplement demeurer silencieuse ; elle aurait pu, simplement, partir. Aller ailleurs. Loin. Trouver quelqu'un d'autre qui parlait anglais - il y en avait tout de même, parmi les résistants, seulement, ils ne savaient parler que de cela, la résistance. Mais, quelque part, son instinct, peut-être, sans doute, lui soufflait que c'était sans doute une meilleure idée que rester là, accoudée au bar, à boire un whisky écossais servi par un irlandais, qui, même s'il avait une sacrée belle gueule et un sourire ravageur, ne lui inspirait pas confiance. Elle aurait pu, rien que pour répondre à ce vieil instinct millénaire qui avait promu l'homme à la place de race régnante dans le grand cycle de la vie. Elle aurait pu, rien que parce qu'il lui avait fait un clin d’œil, parce qu'il avait les prunelles vives et une expression par trop changeante et joueuse pour être honnête. Elle aurait pu, rien que parce qu'il n'avait pas la gueule de l'homme fréquentable, recommandable selon les canons de la société. Tu parles d'une société. Elle aurait pu. Elle n'en fit rien.


    « Bon. Vous êtes irlandais, et je ne suis pas une jolie fille. On est raccord, comme ça. Je m’appelle Legacy, mais vous pouvez m’appeler Charlie. En fait, appelez-moi Charlie. »

Elle avait toujours dit ça comme s’il était évident que le diminutif de Legacy était Charlie, alors même qu’il n’y avait pas le moindre lien logique.


    « Ou ne m’appelez pas. Je sens que vous n’allez pas m’appeler. Comme je sens que vous n’allez pas non plus vous présenter. » Elle pencha la tête sur le côté, l’air mortellement sérieux, quoiqu’un peu candide. « J’ai tort ? »

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Message Posté Mar 3 Juin - 23:06.


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« Oh merde, un irlandais. »

Il la dévisage en haussant les sourcils tant l'indélicatesse de ses mots blesse sa fierté de patriote. Flynn, comme tous les irlandais, respirait pour sa patrie. C'était à peu près la seule chose dont il était fier. La seule chose à laquelle il pouvait réellement se raccrocher sans se sentir coupable de le faire. La seule vérité dans tous les mensonges qu'il brodait, encore et encore. C'était à s'y perdre. Il racontait des histoires à qui voulait l'entendre. Il assassinait la vérité, un peu plus chaque jour. Il se disait que c'était son travail. En toute honnêteté, il fuyait. Mais en y réfléchissant bien, il avait toujours fui.

Le truc, c'est que les hommes ont besoin d'avoir un sens. Ils ont besoin de donner une signification à leur vie. Ils ont besoin de voir des signes dans les étoiles filantes. D'entendre un dieu dans les cris du tonnerre. Ils ont besoin de réponses à leur questions, et refusent d'entendre le vide. C'est viscéral. Flynn, lui, avait bien dû s'habituer au vide. Il n'avait pas vraiment eu le choix. L'univers lui avait pris tout ce qu'il avait gagné. Mais ça, c'était la version gentille. La version du lâche qu'il était devenu au fil du temps.  La vérité, c'était qu'il avait tout perdu, et qu'il ne le devait qu'à lui même. Quand il se regardait dans un miroir, il le savait. Il méritait le déshonneur.

Elle lève son verre. Il croise les bras. Il envie sa naïveté. Il envie la misère des gens qui l'entourent. Ils n'ont pas à se cacher derrière des prétextes inventés. Ils n'ont pas à la porter comme un fardeau que personne ne connaîtra jamais. Ils la disent, l'oublient et passent à autre chose. Ils ont ce courage qu'il n'a pas. Son regard, à lui, contient la possibilité du précipice. Le compte à rebours de l'échec. La cruauté du déni.  Son regard, à elle, c'est déjà autre chose.

« C’est la première fois que je rencontre un irlandais qui sert un whisky écossais. »

Cette fois, il ouvre la bouche pour répondre, mais elle est plus rapide que lui.

« Promis, j’arrête. Enfin, je vais essayer. »

Il lève les yeux au ciel et vaque à ses occupations.  Il se dit qu'il ne pourrait jamais se faire à cette vie. Il se fiche bien des problèmes des autres. Il les devine dès qu'ils passent la porte du bar. Il n'a pas besoin de les entendre les lui raconter. Certaines personnes devraient se contenter de boire. Elle en faisait partie. Mais elle n'avait pas l'air d'avoir envie de se taire. Qu'elle ait envie de parler à quelqu'un était une chose. Mais qu'elle lui parle à lui en était une autre. C'était son rôle, cependant. Faire comme s'il était le type qui se souciait des autres. Faire comme si chaque chose qu'ils disaient était importante. Il devait chercher les informations dans les détails. Il avait une mission à accomplir, après tout. C'était tout ce qu'il lui restait. Une putain de mission.

« Bon. Vous êtes irlandais, et je ne suis pas une jolie fille. On est raccord, comme ça. Je m’appelle Legacy, mais vous pouvez m’appeler Charlie. En fait, appelez-moi Charlie. »

Sans la regarder, il fronce les sourcils lorsqu'elle lui énonce que le diminutif de Legacy est, en toute logique, Charlie. Il continue d'essuyer ses verres en se disant qu'une fille aussi étrange ne peut qu'avoir un prénom étrange et des réflexions tout aussi étranges. Il regarde ailleurs. Il donnerait tout pour être autre part. Loin de toutes ses responsabilités et de tous ses espoirs perdus. Il se demande à quel moment il a fauté. A quel moment il a tourné au mauvais endroit. Tout est dans les détails. Dans le coin d'un sourire. Dans l'obscurité d'un iris. Il suffit de regarder d'un peu plus près.

« Ou ne m’appelez pas. Je sens que vous n’allez pas m’appeler. Comme je sens que vous n’allez pas non plus vous présenter.  J’ai tort ? »

Pendant quelques instants il garde le silence. Puis il se rend compte qu'elle a terminé son monologue. Cette fille parle tellement qu'il a fini par décrocher. Il lève les yeux vers elle. Il la dévisage quelques instants. Elle a tout d'une résistante, sauf l'attitude. Certainement une née moldue qui a cru qu'elle pourrait échapper à la république en se réfugiant ici. Dommage pour elle, elle était tombé sur le mauvais irlandais. Celui qu'on avait privé d'honneur. Celui qui n'avait aucune parole. Il n'hésiterait pas à trahir. Mais avant, il doit jouer le jeu. Il doit apprendre ce qu'elle sait. Il doit gagner sa confiance. Puis il la détruira. Il connaît les règles par cœur. Mais il sent qu'avec elle, ça sera difficile, voire inutile. Elle n'a pas l'air du genre à savoir grand chose. Ou d'avoir un rôle très important dans toute cette histoire. Un lent soupir s'échappe de sa bouche. Il se résigne. Après tout, il n'a pas grand chose à perdre.

« Je pense qu'il va sérieusement  falloir retravailler ta façon de t'excuser.  »

Il fait mine d'être énervé encore quelques secondes avant de se briser dans un sourire puis un éclat de rire.

« Flynn. Flynn Griffin.  Mais tu peux aussi m'appeler Charlie, puisqu'apparemment, on peut tous s'appeler comme ça maintenant.»

Il regarde autour de lui quelques instants. Quand il y repense, Charlie est exactement le genre de fille avec qui Carrey s'entendrait à merveille. Peut-être la connaissait-elle. Peut-être était-ce là sa chance de retrouver sa sœur avant qu'un autre ne le fasse pour lui. Seulement, elle avait bien précisé ne pas avoir pu parler anglais pendant des semaines. Tant pis, il fallait tenter. Au mieux, il retrouvait sa sœur. Au pire, il attrapait une résistante. Au pire du pire, il passait une très mauvaise soirée, mais il n'était plus à ça près.

«  Résistante, je présume ?   »

Il la coupe avant qu'elle ne puisse répondre quoi que ce soit.

«  Oh, non, laisse-moi deviner. Jeune mariée qui s'ennuie cherche aventure et découverte dans conditions météorologiques déplorables.    »

Il la dévisage avec un sourire moqueur. Il a du mal à lui donner un âge. Il a du mal à lui donner une histoire. Il a du mal à la déchiffrer alors qu'elle est certainement la personne la plus honnête qu'il ait rencontré jusqu'à présent. Puisqu'il souhaite en savoir plus, il faudra certainement la provoquer, et il le fait avec plaisir. Après tout, c'est elle qui a commencé.

«  T'es clairement pas taillée pour la Russie, Blondie.    »
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Message Posté Mer 4 Juin - 0:31.

Elle l’avait peut-être un peu cherché. Un tout petit peu. Elle avait commencé par froncé les sourcils, avant de dissimuler son sourire derrière son verre ; il avait le caractère que lui prêtait son attitude, aussi ironique que prompt à réagir avec cynisme. Le mec bourru qui voulait qu’on arrête de l’emmerder. Elle en avait rencontré quelques-uns, à Londres, après s’être aventurée dans des bars un peu louches – mais jamais aussi sinistre que le Tigre vert – et si certains s’étaient contentés de répondre par des grognements, d’autres avaient fini par lui répondre. La plupart du temps, Charlie n’attendait pas vraiment de réponses, mais elle aimait bien quand ça arrivait.

Ses propos ne parvenaient pas à entamer sa bonne humeur retrouvée à l’entente d’un anglais harmonieux, même s’il était percé par cet accent irlandais qu’auraient renié ses parents. Ceux-ci l’ayant reniée, elle pouvait bien apprécier chanter quand Flynn parlait. Flynn. C’était un drôle de prénom. Peut-être typiquement irlandais ? Dans sa tête, sa question se préparait déjà, prête à fuser.


    « Résistante, je présume ? » Elle ouvre la bouche, mais les mots finissent coincés dans sa gorge. Coupés à ras des lèvres. Etranglés. « Oh, non, laisse-moi deviner. Jeune mariée qui s'ennuie cherche aventure et découverte dans conditions météorologiques déplorables. » Une pierre tombe dans son estomac.

Charlie, c’est un peu la fille naïve et peut-être un peu bête qui goûte à tout, qui regarde les autres comme s’ils étaient ses meilleurs amis, qui est capable d’entamer une conversation avec quelqu’un qui s’est contenté de lui demander l’heure. Charlie, c’est un peu la fille qui refuse le malheur, parce que le malheur, ça fait mal. Charlie, c’est un peu la fille qui veut vivre avant de survivre, qui ne sait rien faire d’autres que prendre des chemins de traverse quand elle finit confrontée au malheur, pour ne pas avoir à le regarder dans les yeux trop longtemps. Parfois, on l’excuse parce qu’elle n’a pas un passé facile ; souvent, on lui dit qu’elle est trop stupide. Ridiculement optimiste. Irresponsable et inconsciente. On oublie souvent que chacun a sa façon de faire son deuil du bonheur. Certains mentent ; d’autres, comme elle, cherchent un moyen de continuer à aller de l’avant. Elle met quelque secondes à comprendre pourquoi il a fait une telle allusion, car il ne pouvait pas le savoir sans avoir aperçu un indice, et il était assez peu probable qu’il ait choisi cette réplique au hasard. Elle met quelques secondes à sentir de nouveau le poids de sa bague de fiançailles, fichée sur son annulaire, qui, soudainement, lui coupe la circulation sanguine. Son cœur rate un battement. Son souffle se bloque dans sa gorge. Et le monde a cessé de tourner. Lâchant son verre, elle croise les bras sur le bar, glissant sa main droite sous son coude pour dissimuler le bijou, et son regard, sur lequel s’est abattu un voile opaque, se détourne. Les larmes ne viennent pas ; comme d’habitude. La blessure est fraîche, encore. Sous les trois couches de gaze qu’elle a soigneusement bandé autour de sa poitrine, le sang coule de nouveau, teintant le pansement de fortune d’écarlate. Peu de choses peuvent atteindre sa bonne humeur. Très peu de choses. Et quand ça l'atteignait, ça se voyait. Trop entière, elle se lisait comme un livre ouvert. Elle n’entend pas ce qu’il ajoute, n’entend pas le surnom dont il l’affuble. Elle n’entend plus rien, si ce n’est sa voix sourde qui fuse d’entre ses lèvres.

    « Charlie, c’est le diminutif de mon deuxième prénom, Charlotte. »

Son cœur cogne sur sa poitrine. Elle n’y avait pas resongé depuis des jours. Elle se demanda ce qu’il devait penser d’elle, alors qu’elle n’était pas venue, le jour de son exécution. Elle l’imaginait cherchant son regard dans l’assistance, et mourant sans avoir pu le rencontrer ; la dernière chose qu’il aurait vu avant de perdre la vie. Elle ne le lui avait même pas donné. Une bouffée de culpabilité la submergea comme une lame de fond ; avec elle, l’envie dévorante d’une cigarette. Elle s’ébroua.

    « Et puis, ça vous va pas au teint, comme surnom. Vous avez plutôt une tête à vous appeler Crochet. Comme le capitaine. »

Levant la main droite, elle fit mine de la couper de son index gauche au niveau du poignet, avant de saisir son verre et de le finir d’un trait. Elle resta immobile quelques secondes avant de pousser son verre dans la direction de l’homme.

    « C’est plutôt un compliment, quand on y réfléchit. Sauf qu’il se fait battre par un gamin. » Elle haussa les épaules et vrilla son regard dans celui de Flynn ; le coin de ses lèvres se soulevèrent en un demi-sourire où perçait une pointe de défi. « Un autre, s’il vous plaît. »

De nouveau, elle croisa les bras et replaça son annulaire droit sous son coude ; la pointe de la pierre semi-précieuse s’enfonça dans son articulation. Cette piqûre l’aidait à refouler sa peine, comme le combat qu’elle menait pour se souvenir de ses moments heureux avec Zachariah, plutôt que leurs derniers instants, séparés par une cage et le Ministère de la magie. Elle l’observa honorer sa commande, suivant du regard l’anneau d’or qui l’avait déjà interpelée lorsqu’elle l’avait abordé. Se redressant, elle observa autour d’elle ; à part quelques piliers de bar qui piquaient du nez dans leurs consommations et quelques clients regroupés dans les quatre coins de la salle, comme en plein complot, il n’y avait pas grand-monde – et elle était la seule femme présente.

    « Vous êtes irlandais, patriote de surcroît, et vous êtes marié. Les résistants ne bossent pas à côté de leurs devoirs. Vous êtes un Traqueur ? » Un moment de silence ; la question, en soi, était innocente, car l’un dans l’autre, la réponse sera nécessairement négative. Tout le monde pouvait savoir qui était résistant ; il était plus compliqué de débusquer les traqueurs. « Ou votre femme est russe », ajouta-t-elle en haussant les épaules. « Ou alors vous êtes désespérez au point d’être barman au fin fond de la toundra. C’est pas vraiment les hypothèses les plus glorieuses… »

Parfois, elle parlait trop vite. Parfois, elle savait ce qu’elle disait. La fierté était encore la chose la plus facile à atteindre ; c’était l’une des premières choses que ses parents lui avaient appris, dans l’hypothèse où elle serait face à un irlandais. Chose faite ; même si elle n'était pas très douée. Elle avala une longue rasade de son whisky et joua avec le verre, pensive ; ses paroles lui laissait un goût amer sur le palais. Elle finit par soupirer et laissa tomber sa tête entre ses bras croisés, le menton calé sur ses poignets. Sa bague de fiançailles était toujours dissimulé, sous ses doigts.

    « Désolée. Vous n'êtes pas obligé de répondre. »

Charlie n'était pas faite pour blesser les gens.[/list]
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Message Posté Mer 2 Juil - 17:26.
Avec les années, Flynn était passé maître dans l'art de ne pas réagir, si bien que son visage ne bougea pas d'un milimètre lorsqu'elle le suspecta d'être traqueur. Il ne réagit pas non plus lorsqu'elle énuméra les raisons pour lesquelles il pourrait se trouver à Durmstrang. Tout au plus arqua-t-il un sourcil lorsqu'elle le compara au capitaine crocher. Puis elle évoqua sa femme. Il n'eut besoin que de quelques secondes pour comprendre comment elle avait pu savoir. Le contact froid de son alliance sur son annulaire lui rappela la réalité avec un peu trop de brutalité, peut-être. Il n'eut pas besoin de la regarder, ce qu'il ne fit pas, pour comprendre qu'il avait touché en plein dans le mille. Son ton, plus froid, ses mots, plus secs, tout ça, ça ne trompait pas. Il mit donc de côté le mariage. C'était, de toute évidence, un point sensible, sur lequel il faudrait appuyer si besoin était, le moment venu.

Il avait beau dire, Flynn finissait toujours par être touché par les attaques de ses adversaires, mais cette sensibilité ne se manifestait ni immédiatement, ni ouvertement. Il n'était pas comme ça, avant. Avant, il était glorieux. Il possédait ce courage inébranlable qu'on aurait pu attribuer à un héros. Et, au fond, il avait toujours voulu être ce héros dont parlaient les bouquins qu'on lui lisait, il y a bien longtemps. Il avait joué, comme tout le monde, au chevalier. Il avait prétendu être un super-héros, avec des pouvoirs encore plus magiques. Il avait rêvé de devenir, un jour, un de ces grands sorciers. Mais plus le temps se passait, plus les rêves devenaient des fantasmes, des illusions qu'il ne pourrait jamais toucher. Au fond, peut-être qu'il n'était pas le héros. Peut-être qu'il n'était pas celui qui sauvait les autres. Peut-être même qu'il était celui qui avait besoin d'être sauvé. C'était pour ça qu'il ne réagissait pas. Il contenait en lui sa colère, cette rage de ne pouvoir jamais être plus que ce qu'il était. Il ravalait sa douleur et se perdait dans les souvenirs qui étaient condamnés à ne plus se produire. Peut-être qu'une fois qu'on a vécu le bonheur, on passe tout le reste de sa vie à essayer de le trouver à nouveau. Lui, il était plus malin que ça. Il avait abandonné. Il avait choisi de vivre sans foi ni loi. Parfois, il aurait aimé qu'il en soit autrement. Qu'il ait la force d'arrêter de mentir. Parfois, il aurait aimé être ce héros qu'il était autrefois. Seulement, il savait mieux que personne qu'il ne fallait jamais regarder en arrière. Il savait que le passé était une lame de fond qu'il fallait fuir. Flynn n'était pas un héros. C'était un fugitif.

Il conserva le silence quelques instants. Il se donna une contenance en finissant d'essuyer les verres qu'il venait de laver. Il réféchissait à la méthode à employer avec elle. Il aurait pu tout nier en bloc, du début jusqu'à la fin, et s'inventer une histoire dramatique afin qu'elle tombe dans ses bras. Il aurait pu inventer les plus grandes illusions, dresser des citadelles de mensonges et lui faire croire monts et merveilles. Ca, il prévoyait de le faire plus tard. Pour l'instant, il fallait se montrer prudent. Pour l'instant, il fallait faire attention. Elle était plus intelligente qu'elle en avait l'air. Moins alcoolisée qu'elle le devrait. Repensant à sa requête, il lui servit un nouveau whisky qu'il fit glisser sur le comptoir puis, posant son torchon sur le crochet, il s'approcha d'elle. Sa langue claqua contre son palais. Il poussa un soupir, faussement las. Flynn se sentait dramaturge ce soir-là.

« D'accord. » Flynn prend une inspiration dramatique. Il tourne la tête et regarde ailleurs. « D'accord. Puisque tu insistes, je vais tout t'avouer. »

Il la regarde dans les yeux, à présent. Il fronce les sourcils et prend un air sérieux, voire grave. Il regarde autour d'eux, comme s'il suspectait qu'on les écoute. Prenant les choses à cœur, surtout quand il s'agissait de se foutre de la gueule d'une jeune femme somme toute naïve, Flynn fit le tour de son comptoir. Il saisit le dossier du tabouret et le tourne jusqu'à ce qu'elle lui fasse face. Encadrée par ses deux bras, elle n'a plus aucun autre choix que de le regarder. Et c'est justement ce qu'il veut. Un demi-sourire se fiche sur son visage, celui dont il a le secret.

« Néanmoins, éclaircissons deux choses. D'une part, contrairement au capitaine Crochet, j'ai deux mains. D'autre part, je n'ai jamais confié un tel secret à personne, mais quelque chose me dit que tu es une personne de confiance. Et puis, j'ai besoin d'en parler.  »
Il expire, lentement. Il baisse les yeux. Il se mord la lèvre. Il regarde autour de lui. Puis il la regarde à nouveau, l'air grave. Il approche son visage du sien, parce qu'il sait que ça va marcher et parce qu'il sait comment opérer. Il reste comme ça, son visage à quelques centimètres du sien, son regard plongé dans ses prunelles, pendant quelques secondes qu'il compte avec précision. 3,5. Puis il annonce la nouvelle.

« J'ai secrètement peur des bananes. J'ai donc dû m'exiler dans un endroit où j'étais sûr de ne jamais en voir, ni sur les arbres, ni dans les assiettes.  »

Il s'éloigne un peu, les mains toujours posées sur le dossier du tabouret de bar, un sourire victorieux aux lèvres.

« Voilà, Charlie, tu sais tout. Je sais que ce n'est pas aussi glorieux que tu l'aurais espéré, mais c'est toujours mieux que de se faire avoir par cette saleté de Peter Pan.  »
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Message Posté Ven 8 Aoû - 21:14.
Les quelques secondes de silence qui s’écoulèrent l’intriguant, elle releva la tête. Flynn avait arrêté sa besogne imaginaire et rivait son regard troublant sur ses prunelles ; elle sentit ses joues chauffer sous la pression de ces yeux d’acier, si bien qu’elle préféra replonger la tête entre ses bras, dédaignant son verre de nouveau à moitié plein. Le nouveau silence qui s’installa titilla encore sa curiosité ; elle redressa vivement les épaules en constatant qu’il avait disparu. Devant elle ne se dressaient que les étagères de bouteilles poussiéreuses, ternies sous la faible lueur de vieil or des lampes de l’endroit. Elle redressa brusquement les épaules, regarda à droite, à gauche ; il n’y avait plus une silhouette derrière le comptoir, et les verres qu’il avait essuyé quelques minutes auparavant s’alignaient sagement sur le bois criblé de chocs. Puis, soudainement, son tabouret pivota de lui-même, lui faisant perdre l’équilibre, qu’elle rattrapa en agrippant la première chose qu’elle trouva à portée de main : le bras de Flynn.

Elle retira ses doigts comme si elle s’y était brûlée, raidit son dos et recula autant que son siège le lui permettait ; elle cala contre ses hanches et sur ses cuisses ses bras, afin de prendre le moins de place possible et de risquer aucun contact, de près ou de loin, avec les bras de Flynn. Machinalement, elle regarda autour d’elle à son tour, avant de reporter son attention sur l’homme et de prendre une profonde respiration. Il était proche. Très proche. Sa respiration se bloquait dans sa gorge, l’obligeant à demander elle-même l’opération à ses poumons ; elle chercha, très inutilement, un autre point sur lequel poser son regard, mais il occupait la grande partie de son champ de vision, et pour une raison inconnue, ses prunelles ne cessaient de rappeler les siennes à elles. Comme hypnotisée, elle finissait toujours par contempler l’onyx de ses yeux sombres. Oh oui, ça elle savait qu’il avait deux mains, à force de les avoir vues s’activer à essuyer des verres traversés d’éclat lumineux limpides quand ils n’étaient pas tâchés d’usure. Il se mord la lèvre. Pourquoi il se mord la lèvre ? Il devrait pas, ça va lui faire mal. Et peut-être faire des marques. Ce serait bête, quand même… Lorsqu’il s’approcha encore davantage, elle abandonna la fastidieuse tâche de respirer. S’il avait attendu encore un peu plus pour ménager son effet, elle serait peut-être morte d’asphyxie.

Quelques secondes, longues, d’un silence incrédule s’écoula après qu’il eut fait sa déclaration, tandis qu’elle le dévisageait, les yeux ronds. Puis, en une fraction de seconde, elle éclata de rire. Un rire franc, juste de sincérité, dénué de la moindre pointe de moquerie ; un rire qui résonna dans toute la taverne, attirant le regard des quelques clients à l’allure louche encore assez lucides pour faire la connexion entre l’éclat de rire et l’incongruité de l’espace qu’il emplissait ; car c’était ce qu’il faisait. Son rire, incontrôlable, s’échappait de sa gorge en longs éclats ; ce qu’elle avait pu éprouver auparavant n’était qu’un mauvais souvenir, effacé au profit d’une hilarité légère et naturelle. Sa gêne était oubliée, autant que la chaleur de ses joues en flammes et de grandes goulées d’air traversaient sa trachée en rasades généreuses. Son rire la secoua, la déstabilisa tant qu’elle dû trouver un point d’appui : elle bascula en avant et son front trouva naturellement sa place dans le creux de l’épaule de Flynn, quand quelques minutes auparavant, elle s’arrangeait pour ne pas le toucher d’une quelconque manière. Ses mains trouvèrent ses épaules auxquelles elle se raccrocha, attendant que son rire se tarisse.

« C’est nul », hoqueta-t-elle en se redressant péniblement, toujours accrochée à ses épaules. « C’est tellement nul que je vous décernerais bien une médaille en chocolat. »

Elle s’adossa au comptoir ; ses mains glissèrent de ses épaules. Elle se mordit la lèvre inférieure pour s’empêcher de rire de nouveau, alors qu’elle repensait à son discours improbable sur une hypothétique peur des bananes – bien qu’il soit possible que ce soit vrai. Croisant les bras sous sa poitrine, elle le considéra d’un autre œil, et ne put empêcher un autre éclat de rire d’éclater entre eux.

« Pardon, pardon », croassa-t-elle en tentant de reprendre le contrôle. « Un bad boy sexy qui a peur des bananes, avouez que c’est pas banal. »

Un éclair passa dans les prunelles sombres de l’homme, qui lui fit prendre conscience de ses paroles. Oh non, j’ai pas dit ça, quand même. Sa mémoire avait un drôle de sens de l’humour : quand elle voulait se rappeler de quelque chose, elle s’amusait à lui faire la mauvaise blague du poisson rouge ; quand, en revanche, elle aurait préféré s’abstenir de s’en souvenir, elle le lui balançait à la figure avec une précision toute chirurgicale. Comme cet instant où la scène se repassait dans sa tête, avec une lenteur indécente, lui remettant en mémoire ces quelques paroles qui ont malencontreusement glissés de ses lèvres. Bad boy sexy. Ses joues étaient brûlantes.

Oh, il était beaucoup trop près.

« Oh Seigneur », souffla-t-elle en détournant les yeux en même temps qu’elle-même, avant de se rappeler, en se heurtant contre, qu’elle était prisonnière de ses bras. « Je, euh… Je n’ai rien dit. » Elle se racla la gorge. « On oublie ? »

Quelques secondes, gênantes pour elle, s’écoulèrent alors qu’il conservait toujours le silence. Elle balaya l’air de sa main, nerveuse. Elle soupira, posa les mains sur son poignet droit et donna un coup sec pour défaire son emprise sur le comptoir et se libérer par la même occasion. Elle sauta à bas de son tabouret avant qu’il ne la retienne encore et attrapa son verre, dont elle but une longue gorgée. La brûlure de l’alcool dans sa gorge écorna un peu sa gêne précédente. Un sourire s’accrocha sur ses lèvres alors qu’elle reculait encore d’un pas.

« Vous savez, je pense qu’il y a de la gloire partout, elle est juste un peu différente selon les situations. La vôtre a été de prendre votre courage à deux mains et de partir dans des contrées sauvages et inhospitalières alors que ne serait-ce qu’en Irlande, vous auriez pu tout aussi bien éviter les bananes, puisque ce n’est pas exactement une production locale. »

Elle leva son verre, comme pour trinquer avec lui.

« A la gloire de votre courage, Captain. »
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