VULNERA SAMENTO FERME SES PORTES ▲
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Ce qui se cache dans l'hiver [PM]
ϟ celui qui lit ce titre est un elfe de maison. Ceci était la touche d'humour de Thor.
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Matvei Sejdic
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Message Posté Mer 2 Oct - 23:29.
Ce qui se cache dans l'hiver
laisse des traces dans la neige


informations particulièrement pas importantes
ϟ dénomination courante des participants ▬ Cassandre & Matvei Sejdic
ϟ  étiologie du statut subjectif ▬ Privé.
ϟ  datation approximative du moment exact ▬ Mi-février 2057.
ϟ  cadran lunaire appréciable ▬ Fin de l'après-midi.
ϟ  météorologie sorcièrement acceptable ▬  C'est l'hiver. Il fait froid. Il neige.
ϟ  saison saisissante et palpitante ▬ Entre saison 2 et saison 3.
ϟ  intrigue globalement intriguante ▬  -
ϟ chatiment divin exigible ▬  -
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Matvei Sejdic
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Message Posté Jeu 3 Oct - 3:23.
Le marchand ne leva même pas la tête quand il entra dans la boutique, prudemment caché sous le capuchon de la cape qu'il avait volé chez ses parents. Tout à fait comme s'il ne l'avait pas vu. Cela convenait fort bien à Matvei, qui disparut entre les rangées de parchemins, de carnets vierges et de plumes exotiques. Juste le temps de se réchauffer et d'observer ses futurs achats, le tout dans l'indifférence la plus totale du village du bois. Les commerçants n'étaient pas dupes. Ils étaient simplement silencieux. Certains étaient ici depuis qu'il avait été adolescent, ils l'avaient vu traîner avec Dounia, grandir. Tomber. Et maintenant, ils se taisaient en voyant cette longue ombre se faufiler dans leurs boutiques. En Russie, lorsque les fantômes ne parlent pas, on ne les appelle pas. On n'appelle pas le malheur.

Sa langue humecta ses lèvres sèches, le froid ne pardonnait pas, bien qu'il en avait l'habitude, et il effleura une liasse de parchemin épais. Son préféré. Un grain riche, une odeur rassurante. C'était celui qu'il avait exigé d'avoir au Ministère, pour ses différentes communications, et encore celui qu'il favorisait dans ses échanges privés. Ainsi, ses lettres déliées pouvaient s'étendre avec grâce et quand il tremblait, le parchemin ne se trouait que peu. Que quelques fois, rarement. Malheureusement, le parchemin était assez onéreux... le goût de cette unique chose de luxe était coûteux. Ça et l'encre de seiche, d'un noir légèrement irisé, presque violacé, qu'il affectionnait.
Il gardait tout ce qui lui restait de monnaie pour acheter du parchemin et de l'encre. C'est tout ce dont il avait besoin. Il mangeait à peine, ne dormait à peu près pas, et il avait donc jours et nuits pour coucher sur le papier tout ce à quoi il pouvait penser. La plupart du temps, il brûlait ensuite les longues lettres qu'il écrivait. Les cauchemars qu'il décrivait. Pour ensuite se reprendre et écrire quelques lignes pour sa fille. Un pincement à la pensée d'Aubépine, sa main nue qui se porte à son cœur. Là où, sous la cape, il gardait ses lettres. Un gage qu'il avait bien fait d'oser.
Finalement, Matvei prit un rouleau de parchemin, ainsi qu'une réserve d'encre. Il devait une réponse à la jeune fille et pour cela, il lui fallait de quoi écrire. Il allait vers le comptoir lorsqu'il repéra une silhouette dans la boutique. Une silhouette, blonde, qui se retourna brièvement, sans le voir, avant de disparaître dans une autre allée.  Une silhouette mirage, une silhouette apparition, qui ne généra chez lui qu'un chuchotement rauque d'incrédulité : « Cassandre ? » Ici ? En Russie ? Elle n'avait pas répondu à sa courte lettre. Trop courte, peut-être. Il regarda le commerçant, puis s'avança dans la même rangée qu'elle, mais par l'autre côté de la boutique. Pour observer ce visage gracieux, aristocratique, cette démarche qu'il connaissait presque trop.

Impossible de se tromper. L'homme s'approcha furtivement de Cassandre. Sa beauté blonde. Son épouse. Quelque chose en lui le serra trop fort. C'était la première fois depuis son éveil qu'il voyait quelqu'un qu'il connaissait réellement. Qu'il allait parler à quelqu'un. Pour vrai. Et c'était Cassandre. Son amie. Son épouse. Épouse par amitié, complice. Il n'avait plus son alliance. Il caressa sa main, son annulaire nu, tout en s'avançant vers elle. Son pas était léger, silencieux. Il passait tant de temps en renard, au péril de ses pouvoirs magiques, qu'il en prenait de plus en plus les réflexes. Bientôt, il ne serait plus qu'un animal enfermé dans un corps d'homme. Un homme blessé. Il se glissa derrière la femme et se pencha à son oreille, restant derrière elle, laissant sa voix cassée passer ses lèvres :

« Mon ange. »

Il avait murmuré en français.
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Message Posté Lun 7 Oct - 2:19.

Tu vas le chercher ? La question était légitime. La réponse, beaucoup moins. Resserrant de sa main valide la cape qui lui couvrait les épaules, Cassandre se voûta contre le vent glacial de Russie qui lui cinglait le visage. La neige crissait sous ses bottes fourrées alors qu’elle avançait vers les silhouettes rendues incertaines par le blizzard du Village du Bois ; à peine un mètre la séparait de l’homme qui l’accompagnait, les sens aux aguets, la main portée à la ceinture où pendait sa baguette magique, prompt à dégainer. Même à Durmstrang, même dans cette école qui avait eu l’affront de faire sécession, il n’était pas recommandé de sortir seul ; encore moins lorsqu’on s’appelait Cassandre Sejdic. Il y avait fort à parier que Pritchard avait été mis au courant de ce qu’un mouvement inspiré de la résistance russe se soit mis en branle à Londres, et qu’il avait une idée assez précise de qui en était à l’origine.

C’était peut-être pour cette raison qu’il avait envoyé trois Traqueurs sur sa piste, l’un d’entre eux parvenant à remonter jusqu’à elle au point de manquer de la tuer.

Ses doigts effleurèrent la longue estafilade blanche qui courait de son cou jusqu’à sa hanche ; surgissant du col de son pull, elle remontait jusque son oreille et demeurait encore sensible. Il ne l’avait pas manqué, comme mû par un instinct de vengeance ; elle avait eu la sensation, alors qu’il l’avait regardée se vider de son sang, qu’il avait accompli le seul devoir pour lequel il s’était levé chaque matin qui avait précédé ce jour. Malgré tous ses efforts, Cassandre n’avait jamais réussi à découvrir qui était cet homme, ce qu’il avait fait avant d’être Traqueur, et pour quelle raison exactement il aurait pu lui en vouloir ; et s’était alors demandé s’il ne s’était pas tout simplement agi d’une vengeance par ricochet.

En touchant la femme, on atteignait son époux.

Tu vas le chercher ? La question était légitime. La réponse, beaucoup moins. Remontant son écharpe sur son visage, Cassandre pressa le pas. Elle était arrivée en début de semaine, et personne n’y avait fait la moindre allusion, directe ou indirecte ; aucun commentaire sur l’alliance qu’elle avait à l’annulaire et encore moins sur celle qu’elle portait autour de son cou, en guise de pendentif. Aucun sous-entendu. Aucun regard trop appuyé pour être honnête. January elle-même avait fait preuve d’une discrétion qui ne lui ressemblait pas ; Cassandre en était parvenue à se demander s’il était réellement vivant. Si tout cela n’était pas qu’un énième coup monté, si on ne lui avait pas fait miroiter l’impossible pour la forcer à y croire. Encore une illusion. Le goût amer de la désillusion imprégnait son palais cependant que l’appréhension la dévorait chaque jour davantage. Elle ne savait pas ce qu’elle voulait ; s’il fallait qu’il soit vivant ou mort, pour sa survie comme pour la sienne.

La femme qu’il avait épousée avait disparu avec lui. Enfoncée dans les cendres d’une vie dissolue, elle avait troqué sa robe blanche contre l’étoffe rêche d’un deuil sans fin, larguant ce qu’elle avait d’éclat contre les perles sombres dont était perclus son esprit. Elle ne savait plus à quand remontait son dernier sourire, son dernier éclat de rire, sa dernière pensée chaleureuse. Quelque part, les ténèbres dans lesquelles elle s’était plongée avait quelque chose de rassurant ; des plumes noires, confortables et duveteuses, caressaient sa peau nue en lui insufflant ce dont elle avait besoin : la colère, la désillusion, des rêves assassinés. Ceux qui l’avaient un jour crue frivole et superficielle avait revu leur opinion, et ceux qui l’avaient approché s’était piqué à ses épines acérées. Un seul avait recommencé, encore et encore, se fichant d’avoir les doigts en sang. Un seul avait osé lui dire ce que tout le monde pensait : tu te comportes comme une épouse éplorée. Elle avait haï Griffin pour lui avoir révélé ce qu’elle savait déjà.

Pourtant, elle n’avait pas cherché à le retrouver. Elle ne s’était pas précipitée en Russie ; pire, elle ne lui avait pas répondu, conservant la lettre dans une poche de son jean, de sa veste, n’importe où pourvu qu’elle l’ait sur elle. Les plumes noires et duveteuses s’étaient métamorphosées en tentacules hideux qui s’étaient enroulés autour de ses jambes, de ses bras, de son cou ; quelque chose qui avait les traits de la peur l’avait empêchée de se débattre. La peur. Elle avait changé en bien des points : farouche, elle était devenue agressive, de sang-froid, elle avait perdu tout ce qu’elle avait de pitié ou de compassion. Si elle avait su où elle devait aller, elle n’aurait jamais pensé qu’elle aurait été capable de ce qu’elle avait fait : les mots cruels qui avaient jailli de sa bouche pour convaincre son filleul qu’il n’avait jamais eu de valeur à ses yeux, le fiel de ses paroles pour assassiner une jeune fille qui n’avait eu le tort que d’aimer la mauvaise personne. Chaque coup de couteau qu’elle avait reçu à chacune de ses épreuves où elle avait convaincu de son absence de cœur avait renforcé la carapace d’insensibilité qu’elle s’était construite : si elle perdait tout, elle n’avait plus rien à craindre. Cependant, jamais, au cours de ces derniers mois, elle n’avait éprouvé la moindre peur.

    « Tu as besoin de quoi ? »
    « De solitude. »

Ses prunelles étincelèrent au-dessus du masque de son écharpe, et l’homme opina du chef sans prendre ombrage de sa brusquerie. Parfois, elle se faisait la réflexion qu’elle devait s’étonner, s’inquiéter de ce que les autres avaient pris le pli face à son agressivité, mais la question ne la préoccupait jamais plus d’une minute. C’était ainsi. Depuis que son nom n’avait plus désigné qu’une criminelle en fuite, elle avait pris les accents de la survie élémentaire en milieu hostile : se montrer plus puissant que l’adversaire. Maintenant qu’elle menait son propre mouvement, c’était une déférence qu’elle inspirait aux autres ; il était normal qu’elle se comporte ainsi, dans le principe. Pourtant, pour elle, rien n’était normal. Plus rien n’était plus normal. Elle s’était juste fait une raison.

La boutique était déserte, à l’exception de son propriétaire qui leva à peine le nez lorsqu’elle passa le pas de la porte. Qu’importe où elle allait, elle savait qu’elle trouverait un seul élément stable qui lui permettait encore de se raccrocher à la vie qui était la sienne auparavant : le parchemin et l’encre, des portées dessinées à la hâte et quelques notes jetées au hasard d’une harmonie soudaine. C’était une certitude qui lui appartenait : la musique ne disparaîtrait jamais, ne la trahirait jamais, ne l’abandonnerait jamais. Après avoir tout perdu, elle avait enfermé dans ces quelques notes, ces quelques secondes échappées d’une réalité trop rude ce qui lui restait de lumineux. Il n’y avait que dans ces quelques instants infimes volées à la trame invisible du temps qu’elle s’autorisait à respirer. A entrevoir de nouveau cette Cassandre oubliée, remisée au fond d’elle-même, qui vivait dans son monde, certes, mais qui, au moins, vivait. Qui dansait, parce que l’envie lui en prenait. Qui riait, parce que quelque chose l’amusait.

Alors qu’elle longeait un rayon, elle repensa à cette Cassandre. Elle repensa à celle qui, attablée devant un verre de vin quasiment vide et un jeu d’échecs entamé à deux heures du matin, avait plaisanté sur la vie amoureuse menée par l’un de ses amis, avait confié à ce même ami qu’elle était bien capable, comme toutes les autres, de tomber sous son charme, puis avait accepté de l’épouser juste pour faire un pied de nez à cette vie amoureuse qui l’avait tant de fois laissée sans larmes et des épines dans le cœur. Elle repensa au jour de son mariage, à la nervosité de son frère aîné et au regard que lui avait lancé son fiancé d’une semaine. Elle repensa à Allis, qui avait été présente malgré tout, à Pio et son éternel sourire goguenard. Elle repensa à Amadeus qui apprenait qu’il avait pour « beau-père » le Ministre de la magie.

Elle repensait à tout ce qu’elle avait vécu de plus beau à l’instant où deux mots, à peine chuchoté par une voix éraillée, soufflait avec douceur :

« Mon ange. »

Elle se figea. Son cœur rata un battement. Sa main, en suspension au-dessus d’une plume de condor qu’elle avait caressé d’un air songeur, se posa lentement sur l’étagère. Elle s’y accrocha comme si ses jambes menaçaient de se dérober sous elle. Les accents rudes résonnaient encore dans son esprit ; son français était bien moins écorché qu’auparavant, mais elle ne doutait pas. C’était le sien. Comme cette voix inflexible qui, malgré ses cassures sans doute dues à son inactivité, gardait sa chaleur familière qu’elle avait associée au timbre grave de sa voix de basse. Son souffle caressait son cou dénudé ; pendant une fraction de seconde, elle regretta d’avoir enlevé son écharpe en entrant dans la boutique.

Tu vas le chercher ? La question était légitime. La réponse, beaucoup moins. Sans lâcher l’étagère, Cassandre se retourna. Une expression indéchiffrable barrait son visage, alors que ses prunelles claires remontaient jusqu’à celles, sombres et profondes, de l’homme qu’elle avait épousé. Matvei.

Pas un mot. A peine une seconde d’éternité alors qu’elle le dévisageait, contemplant son visage cireux et creusé, ses yeux qui étincelaient légèrement dans la pénombre de la boutique, ses cheveux blonds ternis par le temps et le manque de soleil. Il était si proche qu’elle pouvait le détailler sans difficulté. Levant la main, elle rassembla toute la détresse qu’elle avait refoulée ces derniers mois. Le coma dans lequel il était tombé. La mort déclarée d’Avdotia. Celle, vraie, de Jaguar. Le regard blessé et haineux d’Amadeus. Celui déçu et trahi de Gabriel. Elle y ajouta toute la haine qu’elle portait à Pritchard, puis celle qu’elle nourrissait pour elle-même.

Puis elle le gifla.

Dans le silence de cathédrale de la boutique, elle résonna durant de longues secondes. Merlin seul savait la force qu’elle avait été capable de mettre dans ce simple geste, mais la marque rouge qui s’épanouissait sur la joue pâle de Matvei en était un témoin fiable. Cassandre recula jusqu’à ce que son dos atteigne le rayon qui se dressait derrière elle ; elle s’aperçut qu’elle avait le souffle court.


    « Ça fait du bien. »

Tête basse, elle l’observait à travers les mèches blondes qui lui tombaient sur le visage. C’était la première fois depuis longtemps qu’elle avait enfin la sensation de respirer, vraiment. Les tentacules avaient reculé, la laissant seule dans ses ténèbres où luisait une faible lueur.


    « Ca confirme que tu n’es pas en fantôme, aussi. »

Lentement, elle se redressa ; la balafre blanche scintilla dans son cou, de même que l’alliance qu’elle portait au bout de la chaîne argenté qui y pendait. Pendant un instant, Cassandre ne sut quoi dire ; sans doute parce qu’elle était incapable de comprendre ce qu’elle ressentait. Du soulagement ? De la gratitude ? De la joie ? Elle se dit qu’elle aurait peut-être dû pleurer, mais comme depuis longtemps, ses larmes ne prenaient pas la peine de se montrer. Son expression interdite ne quittait pas son visage. Elle ouvrit la bouche, puis se ravisa ; incapable de détourner le regard, elle finit par s’approcher de lui, comme on approcherait un animal blessé. Avec douceur, elle posa sa main sur la poitrine de Matvei, à l’endroit de son cœur ; elle sentit ses pulsations sous ses doigts.


    « J’ai cru… que tu étais mort. »

Ce dont elle était certaine, c’était qu’elle n’avait plus sentit son cœur battre ainsi depuis longtemps.
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Matvei Sejdic
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Message Posté Jeu 17 Oct - 7:44.
Déstabilisée. Il pourrait se vanter d'être une des personnes à avoir su désarçonner Cassandre LeCygne. À avoir su la surprendre – réellement, de surcroît. Même si elle savait qu'il était en Russie. Même si elle savait qu'il était vivant. On ne s'attend jamais à ce que les fantômes viennent nous hanter. Il en était un. Elle se retourna. Les regards se croisèrent. Enfin. Matvei s'y accrocha. Comme jamais. Elle était la première qu'il voyait. Et il se rendait compte comme il était heureux que ce soit elle, cette première personne connue, appréciée, oserait-il dire aimée?, qu'il voyait depuis son réveil. Au point qu'il ne remarqua pas la main qui se levait et prenait son élan pour venir s'abattre sur sa joue, dans un bruit plus vif qu'un couperet, dans une douleur vive.
La gifle brûla. Délicieusement. Il s'en était mordu l'intérieur de la joue. Le goût du sang. Le feu sur son visage. Il était vivant. Elle était là. Tout ceci était vrai. Il avala le sang ferreux dans sa bouche, tenta d'esquisser un sourire. Difficile, donc l'ombre dura à peine une seconde. Elle avait été là, cela dit. Présente et sincère. Une ombre de sourire sur un homme qui n'était pas un fantôme. Qui n'était pas beaucoup plus que cela, pourtant. Sa voix était la même. Elle avait changé, mais certaines choses ne changeaient pas. La chose s'appliquait sans doute à lui-même. Un petit signe de tête à ses derniers mots.

« Moi aussi. »

C'était vrai. En se réveillant, il avait tenté de se convaincre qu'il avait toujours su être vivant. C'était faux. Il s'était pensé mort. Dans une horrible mort. Une mort cauchemar, qui l'aspirait sans fin, le faisait courir sans pouvoir se reposer. Sans jamais s'arrêter. Il avait les membres endoloris de ses cauchemars. Ne dormait donc plus. Il avait assez dormi pour le reste de ses jours. Mais ce n'était pas vraiment du sommeil. Comme ce n'était pas vraiment du rêve.

C'était Cassandre sans être elle. Elle avait changé. Au fond. La balafre qu'il voyait s'étirer dans son cou n'était rien. Ni l'alliance qui brillait discrètement au bout d'une chaîne – c'était donc là qu'elle était. Il y avait quelque chose. De noir. Un fragment de mémoire lui revint. Elle est libre et pleine de lumière. C'était ce qu'il avait dit à Allis, jadis. Que Cassandre était magique. Libre et pleine de lumière. Ici, elle lui semblait noire. Et pourtant toujours pas dépourvue de cette même lumière, de cette même énigme qui l'attirait tant. Matvei voyait – Cassandre avait toujours été double, avait toujours été deux, avait toujours porté l'ombre en son sein.
Il ne la craignait pas.
Elle avait sa main sur sa poitrine. Son cœur battait rapidement. Il était certain que le sien également. Il leva sa propre main et effleura son visage. Sa main. Elle avait maigri, également. Elle n'en était pas moins belle. Quelle drôle de pensée, à cet instant. « Les morts ont une fâcheuse tendance à revenir, dans ce monde. » Comme sa sœur. Comme lui. Comme tant de monde. Il ne souriait pas. C'était un juste constat et elle était bien à même de le comprendre. Increvables, tous les deux. Tous les trois. Tous, tout simplement. Sa main glissa jusqu'à sa nuque chaude, descendit et effleura la cicatrice blanche, presqu'éclatante dans son cou, du bout des doigts. Soupesa brièvement l'alliance, sans la reprendre. Le Russe la regarda à nouveau, détaillant sa figure attentivement.

« Tu es illégale. »

Une telle femme ne devrait pas avoir le droit d'exister. C'était sûr et certain. Les femmes aux multiples personnalités, d'ombre et de lumière, joueuses et cruelles. Belles jusque dans la criminalité. Lui qui était si juste, si droit, était marié à une hors-la-loi. Pas moins que lui, en réalité. Bon sang. Il devenait sentimental. Tant de mois sans avoir d'émotion autre que la peur ne lui faisait pas. Il réussit à sourire face à cette pensée. Si Cassandre savait lire dans ses pensées, elle le trouverait aussi ridicule... et Avdotia aussi. « Es-tu seule ici ? »
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Message Posté Mer 6 Nov - 1:09.

La mort. L’illégalité. La survie. Le monde ne tournait plus rond pour qu’il y soit plongé jusqu’au cou. Elle conserva le silence. Il avait raison. Il n’y avait rien à y redire. Elle aurait pu lui dire qu’elle défendait ce en quoi elle croyait, qu’elle se battait pour une cause plus juste, ou qu’elle avait simplement défendu le nom qu’elle portait et qu’elle avait refusé d’abandonner. Elle aurait pu se justifier, lui expliquer, peut-être légitimer sa situation envers cet homme qui avait toujours eu la justice au cœur et la droiture à l’esprit. Elle n’en fit rien. Elle était illégale. Il n’y avait rien d’autre à dire.

C’était d’autant plus vrai que toutes ces raisons héroïques percluses d’abnégations auraient été fausses. Ils croyaient en elle ; elle n’avait pas foi en eux.

Elle frémit lorsqu’il effleura sa cicatrice, sentit son cou se raidir lorsqu’il contempla l’anneau qu’elle portait en pendentif. S’il savait la vérité, il ne la reconnaîtrait sans doute pas. Elle avait défié Pritchard, et le haïssait comme elle avait rarement souffert rancune, mais peu lui importait la République. Peu lui importait le traitement réservé à ceux qui n’avaient pas le sang pur. Parfois, elle devait admettre qu’elle s’était raccrochée à la résistance, simplement raccrochée, parce qu’il n’y avait pas d’autres choix. Elle était juste l’ennemie, parce qu’elle l’avait choisi. Elle était juste l’ennemie, parce qu’il avait eu peur d’elle. Elle était juste l’ennemie, parce qu’il avait vu la femme derrière le faire-valoir de son prédécesseur. Elle était l’ennemie, parce que, ce jour-là, elle crevait de douleur. Et si tu savais tout ça, tu regretteras que la première personne que tu ais vue soit moi.

Elle était illégale. Il n’y avait rien d’autre à dire.

Lorsqu’il sourit, elle porta instinctivement sa main à son visage et caressa du pouce ses lèvres. Elle ne se demanda pas pourquoi il souriait. Il souriait. C’était tout.

Ses prunelles plantées dans les siennes, elle conservait le silence. Le silence encore quand il lui posa une question, le silence encore quand le tintement de la clochette de la boutique le creva. Le silence encore quand elle reconnut l’homme qui avait été assigné à sa protection discuter en russe avec le gérant de la boutique, le silence encore alors qu’elle ne comprenait que la moitié des propos qu’ils échangèrent, où il fut fait mention de son nom. De leur nom. Le silence encore lorsque l’autre répondit qu’il ne savait rien, parce qu’il n’avait pas fait attention aux clients qui avaient poussé la porte de son commerce. Le silence lorsqu’elle quitta sa proximité pour apparaître au bout de l’allée, hésiter, puis demander encore un peu de temps, seule.

Le silence. Elle le maniait si bien, maintenant.


    « Maintenant oui. »

A pas lents, elle revint vers Matvei, effleurant du bout des doigts le bois des étagères avant de s’adosser à celles-ci. Soulevant ses cheveux blonds, elle défit l’attache qui maintenait la chaîne autour de son cou, et prit l’anneau au creux de sa paume. Elle le contempla un instant, se remémorant cette journée où, harcelée par une horde de journalistes, elle était passée pour une femme au cœur glacé, insensible au sort qui était arrivé à l’homme qu’elle avait épousé. A cette journée où elle avait dû attendre la nuit pour trouver le courage d’aller le voir. Le courage. Avait-elle pensé un instant qu’elle aurait tant de mal à se rendre à son chevet ? Il n’était qu’un ami. C’était ce qu’ils se disaient. Ils n’étaient que des amis. C’était sans doute vrai. Relevant la tête, elle l’observa. Elle se souvenait qu’ils s’étaient avoué ce qu’ils auraient dû taire, sous l’influence du vin rouge qu’ils avaient bu au cours d’une nuit d’insomnie, avoué qu’ils auraient pu tomber sous le charme de l’autre s’ils n’avaient pas été ce qu’ils étaient. Des amis. Des amis abandonnés par un sort qui choisissait qui vivrait, et qui crèverait sous les poignards de sa volonté arbitraire. Même amaigri, même affaibli, même marqué par sa maladie, il restait cet homme à qui elle avait avoué qu’elle aurait pu.

Elle tendit sa main, où luisait au creux de sa paume l’alliance de Matvei.


    « Si c’était à refaire, le ferais-tu ? »

C’était sans doute le plus mauvais moment qu’elle aurait pu choisir. Pourtant, c’était sans doute le seul qu’elle aurait pu avoir. Entre eux, tout avait commencé sur des faux-semblants. Leur amitié avait été véritable, jusqu’au jour où ils avaient échangé des serments qui appartenaient à ceux qui avaient le cœur, la foi et l’âme de les prononcer. S’ils n’étaient pas des mensonges, ils en avaient l’allure. Ses prunelles glissant sur son visage, elle le contempla. Le geste qu’elle avait eu, en lui dérobant l’anneau pendant son absence, lui avait paru presque anodin, tant il était évident. Il pesait lourd dans sa main, à cet instant. Il pesait autant que sa décision.


    « Tu as le droit de choisir », reprit-elle. « J’étais une femme comme les autres, il y a quelques mois. » Elle marqua une pause, légère, les lèvres légèrement entrouvertes dans un souffle. « Tu as été… tu es l’un des hommes les plus respectés du monde magique. Tu as le droit de ne pas être encombré d’une ombre qui ternit ton éclat. »

Les mots coulaient de sa langue sans hésitation, sans accroc, son regard était franc ; pourtant, elle était loin de ressentir la paix qu’elle semblait afficher. La jeune femme au cœur glacé, capable de conserver une contenance prenant l’allure d’une carapace de plâtre ; celle que l’on croyait insensible alors qu’elle enrageait, qu'elle crevait de l’intérieur. Des apparences. Que des apparences. Sa seule force était d’être capable d’en assumer les conséquences. Elle le paierait sans doute cher, trop cher pour elle ; mais elle ne pouvait pas le lui imposer. Il avait appris la mort de sa sœur, il avait failli mourir. Il avait trop fait pour les autres pour mériter qu’une femme lui imposer une chaîne qu’il ne méritait certainement pas. Elle songea à tous ceux qu’elle connaissait, qu’elle avait blessé, meurtri, volontairement ou non ; elle songea au poison qu’elle avait toujours été. Son frère était mort, à cause d’elle. Son filleul pourchassé par le gouvernement, à cause d’elle. Et Matvei serait en danger, à cause d’elle. Et à cause d’elle, une jeune fille pourrait être privée d’un père dont elle a toujours voulu faire connaissance.


    « Je le ferais. Mais… je ne veux pas non plus enlever un père à sa fille si celui-ci ne commet pas le délit avec moi. »

Et dans main dont les doigts ne tremblaient pas, l’anneau attendait cette décision qui les hantait.
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Matvei Sejdic
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Message Posté Sam 21 Juin - 8:07.
La caresse de ses doigts contre ses lèvres. Il avait envie de la serrer contre lui. De se réchauffer à son corps, de se blottir contre elle, de ne plus la laisser partir. Mais il le devait bien – en partie pour qu'elle s'assure de leur solitude. Il ne doutait pas que celui qui l'accompagnait avait amplement de quoi convaincre un homme de quitter sa boutique. Et de quoi détourner des futurs clients. Pour elle. Pour eux. Le sourire avait lentement fondu sur son visage, même si un nouveau aurait bien voulu s'y esquisser – en réponse à une pensée fugace qu'il venait d'avoir. Cassandre obtenait toujours ce qu'elle désirait. Une des choses qu'il aimait tant chez elle. Ça. Sa lumière. Sa fureur froide. Sa peau à la fois délicate comme le lys et solide comme la pierre. Son pas lent et assuré. Il ne la laissait pas du regard, incapable de se satisfaire de sa vue.
Quand se reverraient-ils, après tout ? Car ils se quitteraient. Il le savait. Ils le savaient tous les deux, même. Ils se quitteraient pour se sauver mutuellement. Pour mieux se retrouver ensuite.
Ses yeux pâles et attentifs suivirent le chemin de ses mains jusqu'à son cou, jusqu'à détacher la fine chaîne qui retenait l'alliance qu'il avait crû perdue. Comptait-elle la lui rendre ? Elle aurait aussi bien pu la garder. Tant qu'il savait que c'était elle qui l'avait, et non pas Stjepan... Un frisson subit de terreur traversa la nuque du Russe, qui jeta un regard derrière lui, par réflexe paranoïaque. Mais personne. Seulement eux, encore. Cassandre contre les étagères de bois, l'anneau d'or dans sa paume. Matvei devant elle. Et la question. La question et tout ce qui suivait. Ses explications. Ses doutes. Des choses qui auraient pu le fâcher, s'il avait été capable de ressentir une émotion aussi forte. Des choses qui auraient pu le mettre en colère. Il n'aimait pas qu'on doute de lui, de ses décisions, qu'on le remette en question.

Mais n'était-ce pas le meilleur moment, en vérité, pour se pencher sur la question ?

Le blond écouta paisiblement tout ce que la Française avait à dire, attendant que celle-ci termine. Attendant que celle-ci lui confirme qu'elle, elle le ferait. C'était tout ce qu'il voulait.

« Oui. »

Juste un mot. Une seule syllabe, rauque et râpeuse. Trois lettres pour signifier tout ce qu'il aurait voulu dire. Il était un homme de peu de mots. Il n'était pas fait pour les discours, pas fait pour l'expression publique.

« N'importe quand. Je veux... je te veux. Avec moi. »

Il se foutait de l'éclat. De la popularité. Il ne se foutait pas du respect, c'était sûr, mais en ce moment, c'était la dernière de ses préoccupations. Surtout le respect de la population, du monde magique, de tous ces inconnus dont il avait toujours uniquement cherché le bien-être. Il y avait Cassandre devant lui, Cassandre avec son anneau de mariage dans la main, et c'était tout ce qui comptait. Ils s'étaient mariés pour le meilleur et pour le pire, il était hors de question qu'il renonce alors qu'ils étaient tous les deux au milieu du pire.
Matvei tendit sa main. La gauche. Attendant, d'un regard lourd de sens, qu'elle y remette l'alliance qu'elle tenait au creux de sa paume. Pour ensuite l'embrasser. Une vague de désir urgent, insensé, animal. Quelque chose qui avait subitement changé dans son regard, dans sa posture. Dans son corps qui voulait le sien, au moins ses lèvres, comme pour marquer quelque chose. Son territoire. Sa propriété. Quelle ombre pourrait-elle faire à un homme qui vivait désormais dans ladite ombre ? À un homme-animal ? « Pour le pire. »
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Ce qui se cache dans l'hiver [PM]

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